mercredi 5 octobre 2011

Vers moins de souffrance

Suicide et souffranceJ'écris cet article après plusieurs mois de réflexion. Difficile d'aborder ce thème tant sur la gravité que par souci d'être le plus juste possible. Mais la crise suicidaire a été de plus en plus médiatisée ces derniers temps, notamment dans le cadre du bien être des salariés de grandes enseignes.

Au quotidien, c'est un sujet de plus en plus abordé par les personnes que j'accompagne, souvent à demi-mots pour observer ma réaction et surtout être certaines que je serai un bon récepteur de la souffrance qu'elles ressentent. Pour resituer le fond de la crise suicidaire,
c'est une succession de tentatives d'aller mieux, de solutions mises en place et qui n'apportent pas l'apaisement attendu.

La dernière étape de ces crises, la plus connue, est la tentative (aboutie ou non) de mettre fin à ses jours. Souvent jugé par l'entourage à la hauteur de sa violence, cet acte est dans la majeur partie des cas, une non-solution, un non-choix. C'est le geste ultime qui est mis en place pour arrêter de souffrir.

L'objectif du passage à l'acte est principalement d'arrêter de souffrir et non de mourir.

Lors de ma première confrontation avec ce sujet, il m'a été difficile d'imaginer qu'une personne ne puisse plus avoir d'autre choix que d'attenter à sa vie. C'est une déformation professionnelle plutôt naturelle puisque le coaching a pour principal objectif d'ouvrir l'éventail des possibles et des solutions à mettre en place, de redonner de l'espoir en période de doute.

Malgré cela, il m'est aujourd'hui plus facile d'accueillir des personnes en phase de crise sachant que pour chacun, le niveau de la crise peut être plus ou moins avancé. Ce qui m'a permis de franchir ce pas, c'est la notion de souffrance.

Comment accompagner quelqu'un qui veut mourir ? Difficile d'avoir un levier pour inverser le processus.

Mais quelqu'un qui veut arrêter de souffrir... c'est un autre travail avec un enjeu tout aussi important. Celui de permettre à la personne en souffrance, de pouvoir l'exprimer librement, de l'entendre de sa bouche et de visualiser le décalage entre l'origine de la douleur et la réalité du quotidien et ses signes positifs. C'est réapprendre à voir la vie sous un nouvel angle, un nouveau jour, et retrouver ses couleurs.

L'important pour tout praticien dans ce type d'accompagnement est d'être aussi entouré, supervisé par d'autres professionnels tels que des psychothérapeutes par exemple. C'est d'autant plus important que le temps d'accompagnement pour retrouver un apaisement peut prendre plusieurs semaines.

En revanche, grâce à ce soutien indispensable, quoi de plus beau que de voir une personne passer du souffrir au survivre pour se diriger vers le vivre.

Je fais ce métier car je suis persuadé qu'en toute circonstance, chacun peut retrouver l'espoir de vivre des jours meilleurs dans l'apaisement et de reconstruire une vie plus heureuse, plus équilibrée, vers une harmonie durable.

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Je me joins à tous les collègues qui sensibilisent à la prévention des crises suicidaires. Tout appel, toute perche tendue est un message à entendre, un "je souffre" auquel nous devons tous prêter attention pour permettre à ces personnes en souffrance de trouver un lieu pour reconstruire un présent et envisager un avenir plus serein.