samedi 5 janvier 2013

Assurance Chômage : changement de regard

Pôle Emploi
Ce nouveau message fait suite à de nombreuses situations dans lesquelles j'entends, depuis plusieurs mois, certaines idées reçues sur la situation des demandeurs d'emploi, les "chômeurs" qui bénéficient de l'assurance chômage, principalement l'ARE dans le cas présent.

De nombreuses idées reçues circulent, des images négatives véhiculées par ces stéréotypes qui trouvent leur origine dans une accumulation d'années pendant lesquelles le taux de chômage n'a cessé de grimper.

Dans ce message, je ne partage que ma vision de ce sujet, une opinion qui n'engage que moi, une philosophie de vie que j'aime transmettre dans mes accompagnements.
Quelques idées reçues :
  • les chômeurs vivent avec l'argent de ceux qui travaillent
  • les chômeurs profitent du système
  • les cadres au chômage sont trop payés
Les expressions que l'on entend :
  • "Si vous ne cherchez pas du travail, nous allons vous radier et vous perdrez vos "aides"
  • "Vous êtes quand même content de toucher des Assedics !"
  • "Estimez-vous heureux de ne pas être en Amérique !"
  • "Vous êtes au chômage, pas en vacances !"
  • Les demandes d'ARE imposent aux travailleurs de justifier de plus en plus d'éléments pour être indemnisés.
Je vais tâcher de décrire brièvement mes réflexions ci-dessous pour éclaircir certains points de vocabulaire et de vérité :

L'assurance chômage :
Si je prends le principe même de l'assurance en général. Le bénéficiaire paye des mensualités et quand il en a  besoin, il bénéficie de la couverture pour laquelle il a cotisé. Cet exemple est valable pour la santé, les voitures, l'habitation, l'assurance vie et autres.
Bien entendu, en cas de besoin, l'assureur demande quelques précisions pour pouvoir débloquer les aides mais en règle générale, il ne culpabilise pas son client/adhérent en difficulté. Verriez-vous un assureur demander à une personne victime d'un sinistre : "Ça va, on se la coule douce à profiter d'une voiture de location alors que vous venez d'avoir un accident de la route, y'en a qui ont la belle vie !".
Pour l'assurance chômage, c'est pourtant le cas. Les bénéficiaires de l'ARE ont une étiquette de "chômeur" collée sur le front  et doivent entendre qu'ils gagnent bien leur vie à avoir perdu leur emploi et qu'ils profitent du système.

La cotisation :
A propos des cotisations, une personne qui a travaillé pendant 30 ans pour la même entreprise et a cotisé pour son assurance chômage pendant cette même période bénéficie uniquement de deux ans environ d'allocations qui représentent 57% de leur salaire brut moyen.
A quel moment les personnes en recherche d'emploi abusent-elles des aides auxquelles elles prétendent puisqu'elles ont cotisé chaque mois pour en bénéficier ?
Récemment, nous entendions parler des cadres qui bénéficient d'allocations pouvant aller jusqu'à 5000€ par mois. N'ont-ils pas payé des cotisations à hauteur des salaires perçus ?
Plutôt que de contrôler les demandeurs d'emploi sur leurs démarches de recherche, je suis certain que les conseillers de Pôle Emploi préféreraient aborder le problème de la manière suivante : "Vos années de travail passées vous permettent de bénéficier pendant deux ans de vos allocations sans condition. Ces trente années de cotisation que vous avez versées à l'état permettent de mettre à votre disposition des conseillers, des ateliers d'aide à la recherche d'emploi et d'autres dispositifs dont nous pouvons parler ensemble quand vous voudrez. Votre situation est difficile, nous sommes là pour travailler ensemble et vous permettre de rebondir, merci d'avoir cotisé chez Pôle Emploi et de votre confiance"
Bien entendu, ce discours est utopique mais il permettrait aux conseillers de Pôle Emploi d'avoir ce plaisir d'apporter un service tout en respectant le parcours et la dignité des personnes, sans avoir de chronomètre pour les entretiens, d'objectifs de sorties positives et autres règles à respecter qui imposent des enjeux au demandeur d'emploi qui ne sont pas les siens.

Être au chômage :
Être demandeur d'emploi aujourd'hui est un véritable parcours du combattant, tant sur le plan administratif que sur la force psychologique que ce statut demande.
La réalité, c'est qu'une personne en recherche d'emploi doit expliquer à ses enfants qu'elle doit aller à l'école parce que c'est important de travailler alors qu'elle-même n'a pas la possibilité de le faire. Elle doit expliquer à sa famille qu'ils vont devoir se serrer la ceinture car 57% d'un salaire brut, c'est un rythme de vie qui change.
Être au chômage, c'est aussi avoir une épée de Damoclès au dessus de la tête : "dans X mois, je n'aurai plus d'argent."
Être au chômage, c'est s'entendre dire que le marché de l'emploi est difficile. Qu'il faudra peut-être chercher dans une branche qui ne plait pas, un travail alimentaire. C'est aussi ressentir que, si on refuse une offre, c'est faire la fine bouche alors que, quand même : "c'est déjà bien d'avoir un plein temps payé au SMIC" même si avant la personne gagnait le double.

De nombreux jugements pèsent sur le dos des personnes au chômage et de manière injuste.

Ma vision du "chômage" :
A mes yeux, une personne au chômage est en recherche d'opportunités plutôt que d'emploi. Bénéficier d'allocations pour lesquelles une personne a cotisé permettrait de prendre cette période difficile comme une réelle transition, un carrefour pour se poser de nombreuses questions :

  • qu'est-ce que je veux faire de ma vie ?
  • quel métier je rêve de faire après ?
  • puis-je enfin bénéficier d'une formation qui me tient à coeur ?
  • puis-je enfin choisir réellement les postes qui m'intéressent ?
  • finalement, est-ce que j'étais si heureux avant ?
  • vais-je me lancer dans la création de mon entreprise ?
  • est-ce le moment pour moi de donner une chance à mes idées ? à mes rêves ?
Tant de questions pour lesquelles une personne en recherche d'emploi a le temps de travailler, réfléchir, faire des recherches, essayer, donner une chance à ses envies.

Bien entendu, il y a cette échéance qui arrivera un jour ou l'autre mais quand l'urgence n'est pas à trouver un emploi alimentaire, peut-être que ces allocations bien méritées permettent alors de rebondir différemment, de prendre du plaisir à construire l'avenir et montrer enfin à nos enfants que tout est possible, que toutes les idées peuvent avoir leur chance si nous leur donnons un espace d'expression.